La station climatique de Chacaltaya candidate à l’intégration de l’infrastructure de recherche européenne ACTRIS
Située à plus de 5 200 mètres d’altitude, la station climatique de Chacaltaya, l’une des plus hautes au monde, s’apprête à franchir une étape stratégique de son développement scientifique. Cette semaine – du 27 avril au 1er mai 2026-, une délégation de 14 scientifiques venus d’Europe et des États-Unis se sont rendus à La Paz afin de travailler avec le Laboratoire de Physique de l’Atmosphère (LFA) de l’Universidad Mayor de San Andrés (UMSA), à la candidature de Chacaltaya pour rejoindre l’infrastructure européenne de recherche ACTRIS (Aerosol, Clouds and Trace Gases Research Infrastructure).

Cette visite s’inscrit dans la continuité d’une collaboration scientifique internationale de longue date. Depuis 2011, des instruments sont installés sur le site du mont Chacaltaya afin de mesurer les caractéristiques physiques et chimiques de l’atmosphère régionale et globale. Les observations portent notamment sur les aérosols atmosphériques (comme la suie et les poussières), les gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone et le méthane, ainsi que les gaz réactifs, dont l’ozone troposphérique.

Un site d’importance mondiale
La station de Chacaltaya fait partie du réseau Global Atmosphere Watch (GAW) de l’Organisation météorologique mondiale depuis sa création. En 2022, elle a obtenu le statut de « station mondiale », une reconnaissance rare en Amérique du Sud, partagée uniquement avec la station d’Ushuaia, en Argentine. Ce classement souligne la valeur scientifique exceptionnelle des données produites à Chacaltaya pour la compréhension des processus atmosphériques de l’hémisphère sud et de leur influence sur le climat mondial.
Le site est entièrement opéré par du personnel bolivien rattaché à l’Institut de recherche physique de l’UMSA, dont dépend le LFA. Son fonctionnement repose toutefois sur une coopération internationale étroite et durable avec des scientifiques de nombreux pays, notamment la France, l’Allemagne, la Suède, l’Italie, l’Espagne, la Suisse, la Finlande et les États-Unis. Cette collaboration a été essentielle pour la maintenance des instruments, l’acquisition de pièces de rechange, la formation spécialisée de haut niveau et l’interprétation des données. Elle a été soutenue de manière constante par des organismes internationaux, en particulier l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).
La labellisation ACTRIS
L’intégration au réseau ACTRIS représente un enjeu scientifique et institutionnel majeur. En effet, l’infrastructure impose des normes technico-scientifiques strictes et un processus d’évaluation rigoureux, qui inclut également des dimensions politiques, notamment en raison de la localisation extra-européenne de la station. Malgré ces défis, la communauté scientifique internationale soutient largement la candidature de Chacaltaya, reconnaissant son rôle clé dans l’observation de l’atmosphère à l’échelle régionale et globale.
Ainsi, la semaine de travail n’a pas été dédiée uniquement aux aspects scientifiques de la candidature. Le consortium international coordonnera également avec le gouvernement bolivien les questions techniques, économiques et juridiques nécessaires pour assurer la pérennité du projet. Les avancées ont été par ailleurs présentées aux représentants diplomatiques des pays partenaires, dont le soutien a été déterminant pour le développement de la station depuis l’installation de ses premiers équipements il y a plus d’une décennie.
Si elle aboutit, l’intégration de la station de Chacaltaya à ACTRIS marquerait une étape majeure pour la science bolivienne. Elle renforcerait la visibilité internationale du pays dans le domaine de la recherche climatique et consoliderait le rôle stratégique de Chacaltaya dans la surveillance de l’atmosphère mondiale face aux défis du changement climatique.
Sources :
laboratorio de fisica de la Atmosfera, boletin de prensa
article “Científicos internacionales llegan al país para postular a Chacaltaya a red europea”, brujuladigital.net

