Communiqué

Propagation du SARS-CoV-2 et Particules Atmosphériques

Un rapport1 récemment signé par quelques universitaires italiens indique que la propagation du SARS-CoV-2 dans la population pourrait avoir été favorisée par les fortes concentrations de particules fines trouvées dans le nord de l’Italie (Lombardie, Piémont, Vénétie et Émilie-Romagne). Ce document, publié en dehors des processus habituels qui garantissent la robustesse des résultats scientifiques, a reçu une exposition considérable, d’abord sur les réseaux sociaux et ensuite dans la presse.

La pratique d’une recherche intègre et responsable pour l’avancement de la science nécessite l’adoption des protocoles de recherche appropriés, qui sont garantis par la publication dans des revues à comité de lecture. Ce n’est pas le cas du document actuellement en circulation, qui n’a pas suivi ce protocole d’évaluation et ne reflète donc que l’opinion de quelques chercheurs. De fait, la pertinence du document a été très fortement remise en question par une déclaration² signée par des dizaines de scientifiques de la Societa Italiana di Aerosol (SIA).

Il est établi que les particules atmosphériques peuvent servir de support à un certain nombre d’organismes vivants (y compris des virus). Les très rares études disponibles aujourd’hui montrent que la viabilité du SARS-CoV-2 resterait limitée à quelques heures en phase particulaire dans l’atmosphère. Leur potentiel infectieux après un séjour prolongé dans l’air reste incertain. D’autres études seraient nécessaires pour confirmer ces résultats, mais, à ce stade des connaissances, le fait que les particules fines puissent être un vecteur des contaminations tel qu’il est proposé dans le Nord de l’Italie n’est pas démontré.

Nous souhaitons nous associer à l’analyse de nos collègues du SIA et rappeler qu’une corrélation statistique n’est en aucun cas synonyme de causalité. À l’heure actuelle, l’état des connaissances et les observations disponibles nous semblent insuffisants pour conclure à une accélération de la contamination induite par la pollution particulaire. Dans un futur proche, une analyse scientifique approfondie combinant des protocoles épidémiologiques établis avec les observations atmosphériques devra être menée pour déterminer, dans l’hypothèse où une corrélation serait confirmée, dans quelle mesure la présence de particules fines pourrait ou non modifier l‘impact du SARS-CoV-2 sur la contamination de la population et, enfin, examiner les mécanismes sous-jacents à ces effets.

1Position paper: Relazione circa l’effetto dell’inquinamento da particolato atmosferico e la diffusione di virus nella popolazione; Leonardo Setti; Fabrizio Passarini; Gianluigi de Gennaro; Alessia Di Gilio; Jolanda Palmisani; Paolo Buono; Gianna Fornari; Maria Grazia Perrone; Andrea Piazzalunga; Pierluigi Barbieri; Emanuele Rizzo; Alessandro Miani

²Informativa sulla relazione tra inquinamento atmosferico e diffusione del COVID-19, Societa Italiana di Aerosol, 20 mars 2020

3Van Doremalen, N., Bushmaker, T., Morris, D. H., Holbrook, M. G., Gamble, A., Williamson, B. N., Tamin, A., Harcourt, J. L., Thornburg, N. J., Gerber, S. I., Lloyd-Smith, J. O., de Wit, E., and Munster, V. J.: Aerosol and Surface Stability of SARS-CoV-2 as Compared with SARS-CoV-1, New England Journal of Medicine, 10.1056/NEJMc2004973, 2020.

Signataires : 
  • Paolo Laj, Directeur ACTRIS-FR, Physicien, Université Grenoble-Alpes
  • Jean-François Doussin, Professeur, Université Paris-Est-Créteil, LISA
  • Philippe Goloub, Prof., Université de Lille
  • Sabine Philippin, Dir. Adj. ACTRIS-FR, CNRS-Laboratoire de Météorologie Physique
  • Véronique Riffault, Prof., IMT Lille Douai
  • Stéphane Sauvage, Enseignant-Chercheur, IMT Lille Douai
  • Valentin Duflot, Physicien-Adjoint, Université de la Réunion
  • Nicolas Marquestaut, Ingénieur de Recherche, CNRS
  • Gaëlle Uzu, Chargée de recherche, IRD, Institut des Géosciences de l’Environnement
  • Valérie Gros, Directrice de recherche, CNRS, Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement
  • Martial Haeffelin, Directeur Adjoint Scientifique ACTRIS-FR, CNRS, Institut Pierre Simon Laplace
  • Jean-Charles Dupont, Physicien-Adjoint, UVSQ, Institut Pierre Simon Laplace,
  • Nadège Montoux, Maître de conférences, Université Clermont Auvergne
  • Jean-Luc Baray, Physicien-Adjoint, Université Clermont Auvergne
  • Christophe Pietras, Ingénieur, CNRS, Institut Pierre Simon Laplace,
  • Andrea Pazmino, Physicienne adjointe, UVSQ, LATMOS
  • Sophie Godin Beekmann, Directrice de recherche, CNRS, LATMOS
  • Alain Hauchecorne, Directeur de recherche émérite, CNRS, LATMOS
  • Mathieu Cazaunau, Ingénieur de Recherche, CNRS, LISA
  • Françoise Posny, Maître de Conférences , Université de La Réunion/LACy.
  • Jean-Pierre Pommereau, Directeur de Recherche émérite, CNRS.
  • Irène Xueref-Remy, Physicienne, Conseil National des Astronomes et des Physiciens, Aix-Marseille Université
  • Patrice Coll, Directeur du LISA, Professeur à l’Université de Paris
  • Paola Formenti, Directrice de Recherche, CNRS, LISA
  • Claudia Di Biagio, Chargée de Recherche, CNRS, LISA
  • Véronique Pont, Maître de Conférences, Université Toulouse III, Laboratoire d’ Aérologie
  • Gérard Ancellet, Directeur de Recherche, CNRS, LATMOS
  • Evelyn Freney,  Chargée de recherche, CNRS-Laboratoire de Météorologie Physique
  • Pierre TULET, Directeur de recherche, CNRS- LACy
  • Cyrielle Denjean, Chargée de recherche, CNRM
Les signataires participent à ACTRIS-FR, infrastructure de recherche nationale dédiée à l’observation des espèces atmosphériques d’intérêt climatique à courtes durées de vie (Aerosol, Cloud and Trace Gases Research Infrastructure – France).