Une croissance inégalée dans la stratosphère des aérosols du volcan Raikoke (2019), quels impacts climatiques ?

Les modèles climatiques qui simulent l’impact des éruptions volcaniques fortement explosives négligent souvent les cendres volcaniques, les supposant rapidement éliminées dans la stratosphère. Une nouvelle étude publiée dans Scientific Reports par Paul Ruyneau de St-George et al., impliquant une équipe du LOA/CNRS (Univ. Lille) où il est doctorant en collaboration avec des collègues de l’Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP) et du pôle national AERIS/ICARE, remet en question ce principe.

  • Une taille record et une ascension exceptionnelle : L’éruption du volcan Raikoke (2019) a alimenté un vortex volcanique (voir Figure 1) au sein duquel les aérosols sulfatés volcaniques ont atteint un rayon record de 0,9 µm en 3 mois – une dimension supérieure à celle mesurée lors de l’éruption majeure du Pinatubo en 1991 (voir Figure 2).
Figure 1 : a) Dispersion dans l’hémisphère nord des panaches riches en SO2 du volcan Raikoke (triangle rouge), observée le 12 juillet 2019 par le capteur satellitaire Sentinel-5P/TROPOMI (produit SO2 CA (DU) à 15 km) et visualisée à l’aide de la plateforme VSO/VolcPlume (https://volcplume.aeris-data.fr/, Boichu et al. 2025). On distingue le panache vorticisé (entouré par un cercle noir) qui se détache rapidement du panache dispersé, survolant des stations photométriques du réseau AERONET (symboles carrés dont la couleur indique l’épaisseur optique en aérosols AOD à 440 nm au-dessus de la station). b) Zooms sur le panache vorticisé les 15 juillet, 25 juillet et le 5 août 2019 illustrant sa structure anticyclonique compacte et sa richesse en SO2.
  • Une longue persistance de cendres très fines enrobées de sulfates : En croisant les données du réseau mondial de photomètres ACTRIS/AERONET (symboles carrés dans la Figure 1) et des mesures satellitaires (Sentinel-5P/TROPOMI, MetOp/IASI et CALIPSO/FALIOP) à l’aide de la plateforme en accès libre VOLCPLUME du Volcano Space observatory (VSO, https://vso.icare.univ-lille.fr/) (Boichu et al. 2025), l’étude démontre que ces particules ne sont pas de purs sulfates, mais possèdent un cœur de cendre de taille sub-micronique enrobé de sulfates. Ce cœur sombre absorbe la lumière solaire, réchauffe la parcelle volcanique et propulse le panache avec une ascension rapide de plus de 10 km d’altitude (voir Figure 2).
Figure 2 : Croissance des aérosols du Raikoke à l’intérieur du panache vorticisé (rouge) et du panache dispersé (bleu) depuis son éruption (trait vertical en pointillés). Le panache vorticisé a été détecté au-dessus d’une dizaine de stations AERONET, permettant d’estimer l’évolution de son rayon modal (rpeak) sur trois mois. Pour sa part, le panache dispersé a été détecté de manière continue pendant six mois au-dessus d’un très grand nombre de stations AERONET, la moyenne glissante (sur 15 jours) de sa taille est donc représentée. Le trait horizontal en pointillés indique la taille médiane des aérosols de fond sur les deux années précédant l’éruption.

Ces résultats s’inscrivent notamment dans le cadre du projet Horizon Europe ACTRIS-NEXT, le VSO/VOLCPLUME étant un des services dédiés à l’étude des événements extrêmes dans le cadre de ce projet.

Contacts

Paul Ruyneau de St-George (Univ. Lille, Laboratoire d’Optique Atmosphérique LOA), paul.ruyneau-de-saint-george@univ-lille.fr

Marie Boichu (CNRS, Univ. Lille, Laboratoire d’Optique Atmosphérique LOA), marie.boichu@univ-lille.fr

Référence

Ruyneau de Saint-George, P., Boichu, M., Bonnat, J., Grandin, R., Goloub, P., Mathurin, T., Pascal, N., (2026) « Record growth of stratospheric aerosols from 2019 Raikoke eruption with sulfate-coating of submicronic ash », Scientific Reports, 16, 27697, https://doi.org/10.1038/s41598-026-52949-y

Boichu, M., Grandin, R., Mathurin, T. et al. (2025), « VOLCPLUME, an open access interactive web platform for the multiscale monitoring of volcanic emissions and their impacts on the atmosphere », EGU General Assembly, Vienna, Austria, EGU25-8950, https://doi.org/10.5194/egusphere-egu25-8950

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