La vague de chaleur du mois de juin 2026 observée par les IR ACTRIS, ICOS, IAGOS et le pôle de données pour l’atmosphère AERIS
Contexte :
La canicule du mois de juin 2026 s’est imposée comme un épisode climatique historique par sa précocité, son intensité, son ampleur et sa durée. Débutée le 17 juin, elle a rapidement pulvérisé des centaines de records de température dans toute la France, avec des journées dépassant les 40 °C dans de nombreuses régions et des nuits exceptionnellement chaudes, plaçant une majeure partie du territoire en vigilance rouge. Au-delà des records météorologiques, cet épisode a mis en évidence la vulnérabilité des services de santé et des populations face aux chaleurs extrêmes, tout en illustrant l’accélération des effets du changement climatique. Cette canicule souligne à nouveau l’augmentation de fréquence et d’intensité des épisodes extrêmes, renforçant la nécessité des politiques d’adaptation et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Cette vague de chaleur inédite a été observée par les différentes infrastructures de recherche françaises du domaine atmosphérique ACTRIS, IAGOS et ICOS et par le pôle de données pour l’atmosphère AERIS de l’IR DATA TERRA.
- Observations par satellite
Les satellites géostationnaires mettent en évidence une absence de couverture nuageuse au-dessus de l’Europe, favorisant ainsi l’établissement de la vague de chaleur.

Grâce à ses mesures infrarouges de l’atmosphère, IASI (Interféromètre Atmosphérique de Sondage Infrarouge) permet de suivre l’évolution des masses d’air, de la température, de l’humidité et de certains gaz atmosphériques, apportant des données essentielles pour analyser et documenter des épisodes extrêmes comme la canicule de juin 2026. La figure 2 montre l’évolution spatiale de la température de surface sur le continent européen entre le 16 et 22 juin et ainsi observer le développement de la vague de chaleur sur le sud-ouest de l’Europe.

2. Observation IAGOS par avion commercial
La figure présente le gradient de température, entre la surface et 11km d’altitude, mesuré par des avions commerciaux équipés par l‘infrastructure de recherche IAGOS – un avion de la compagnie Air France basé à Roissy CDG Paris, et un avion de Lufthansa Group basé à Francfort. Deux vagues de chaleur successives sont visibles entre fin mai et juin 2026 avec un léger décalage temporel entre Paris et Francfort à cause du blocage atmosphérique qui décale vers l’est. Les températures élevées se trouvent dans une couche atmosphérique assez profonde jusqu’à plus de 3km, très comparable avec la canicule en 2003 (Tressol et al. 2008). Il faut monter jusqu’à 8 km d’altitude pour que le gradient thermique associé à ce dôme de chaleur ne soit plus visible.


Figure 3 : gradient de température observé par IAGOS depuis l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle (a) et l’aéroport de Francfort (b)
3. Observations in-situ
Des mesures ont également été effectuées depuis le sol par plusieurs stations des infrastructures de recherche ACTRIS et ICOS.
Les données collectées par le radiomètre HATPRO et le Lidar DIAL de l’instrument national Moyens mobiles installés à Lannion, révèlent une extension verticale marquée des vagues de chaleur entre mai et juin 2026 (Figure 4). Les graphiques montrent une corrélation entre l’augmentation des températures (jusqu’à 30 °C en surface) et les variations du rapport de mélange de la vapeur d’eau, avec des pics significatifs observés notamment à partir du 22 juin. Ces observations mettent l’accent sur l’intensité et la persistance de ces épisodes, ainsi que leur impact sur la dynamique atmosphérique locale.

Au SIRTA, en Ile de France, les données révèlent une augmentation progressive et marquée des concentrations de matière organique particulaire, marquée par des cycles journaliers, typiques de l’évolution des déterminants de ce composés (émissions, transformations, dynamique atmosphérique) (Figure 5). Bien que les concentrations journalières soient anormalement élevées – parfois supérieures de 90 % à la moyenne des années précédentes – elles n’ont pas encore battu les records historiques. Cette augmentation suggère des conditions favorables (notamment des températures élevées, stabilités atmosphériques) aux émissions biogéniques et aux processus de formation d’aérosols organiques secondaires. En effet, on observe une augmentation des COVs (précurseurs d’ozone et d’aérosols organiques secondaires) au cours de cet épisode, aussi bien des composés biogéniques tel que l’isoprène que des composés issus de l’évaporation de sources anthropiques. Cette vague de chaleur engendre également une augmentation progressive des niveaux d’ozone, formé photo-chimiquement au travers de processus non linéaires impliquant COVs, NOx et oxydants atmosphériques.

Sur un autre site, le site urbain de Marseille-Longchamp (MRS-LCP), les concentrations en particules (PM₁) sont restées conformes aux niveaux habituellement observés pour cette période de l’année, mais avec une prédominance de la fraction organique représentant 62 % de la masse des PM1 (Figure 6).
L’analyse factorielle de ces données montre qu’au cours de l’épisode de canicule, une augmentation progressive de la contribution de l’aérosol organique secondaire (AOS), qui représentaient jusqu’à 85 % du total des aérosols organique, soit plus de la moitié de la composition des particules fines.

Des mesures des concentrations d’aérosols organiques ont également été effectuées sur le site de haute altitude situé au sommet du Puy-de-Dôme (1 465 m), moins affecté par la vague de chaleur et les émissions urbaines. Ces mesures parallèles nous permettent de mettre en évidence l’impact significatif que les hausses de température peuvent avoir sur la formation des AOS et de l’ozone, malgré les variations des masses d’air et des précurseurs.
La comparaison des mesures effectuées sur plusieurs sites a révélé que cet épisode avait eu un impact particulièrement marqué sur l’ozone et les aérosols organiques secondaires (SOA), mettant en évidence des disparités régionales quant à son intensité (Figure 7).
L’une des conséquences de cet épisode a été une détérioration de la qualité de l’air. L’ozone troposphérique en est le principal responsable ; il se forme par voie photochimique au cours d’un cycle complexe à partir de polluants précurseurs tels que les composés organiques volatils (COV) et les oxydes d’azote (NOx). Au cours de cette vague de chaleur, certaines mesures relevées sur le site SIRTA ont frôlé les 100 ppbV, ce qui est proche des normes réglementaires relatives à la santé humaine.

Anomalie saisonnière du CO2 en Europe observée par ICOS
Comme illustré figure 8, la décroissance saisonnière du CO2 atmosphérique entre mars et septembre traduit la captation de carbone par photosynthèse dans les différents écosystèmes terrestres. Les moyennes du mois de juin 2026 enregistrées dans plusieurs stations françaises indiquent une anomalie sans précédent de ce cycle saisonnier, depuis le début des mesures en 2015, témoignant d’une baisse de la captation de carbone par les écosystèmes terrestres. Ces mesures préliminaires seront complétées par les mesures de flux de CO2 réalisées dans plusieurs sites ICOS-Ecosystème, et la quantification de l’anomalie des flux de carbone sera estimée par une inversion atmosphérique.


Ces épisodes caniculaires récurrents soulignent l’importance de surveiller l’évolution de la composition chimique de l’atmosphère estivale pour en évaluer les conséquences. L’analyse croisée des données collectées au centre de données AERIS et issues des infrastructures de recherche d’observation du domaine atmosphère et des satellites géostationnaires constituent un haut potentiel pour l’analyse scientifique et l’évaluation des impacts des évènements extrêmes de plus en plus récurrents.
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